Rivière Noire - Canton de Valcourt (mai 2026)
photo : Sébastien Michon - Le Val-Ouest
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Comment protéger et mettre en valeur la plaine inondable de la rivière Noire dans la région de Valcourt? C’est l’objectif visé par des partenaires qui appuient la mise en œuvre de pratiques environnementales chez les riverains concernés.

Ce partenariat est chapeauté par le Comité biodiversité de Valcourt 2030 et ses partenaires, l’Organisme de bassin versant (OBV) de la Yamaska, la MRC du Val-Saint-François et Nature Cantons-de-l’Est. Il est aussi appuyé par les municipalités de Valcourt et du Canton de Valcourt.

«Rassembler tout le monde»

Tous travaillent désormais ensemble pour réfléchir à ce territoire afin d’agir pour sa protection et sa restauration. «Notre force, c’est de rassembler tout le monde autour d’un projet», résume Kevin Bombardier, directeur général de Valcourt 2030.

«Il y a quelques années, notre comité visait la protection du mont Valcourt, avec l’idée d’acquérir des terrains pour ouvrir des sentiers de randonnée. Au fil du temps, leur travail a pris un virage plus environnemental. La biodiversité et l’adaptation aux changements climatiques étant devenues des enjeux incontournables. Le comité a donc élargi ses orientations pour viser l’ensemble de l’écosystème du mont Valcourt, incluant la plaine inondable de la rivière Noire. C’est pourquoi nous avons regroupé tous ces partenaires autour de la table.»

Rencontre information rivière Noire (mai 2026) - on voit Kevin Bombardier pointer une carte
Kevin Bombardier (au centre de la photo) lors de la rencontre d’information.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Pour ce faire, ils ont organisé récemment un événement public. Pour permettre aux citoyennes et citoyens de la région, et plus particulièrement aux détenteurs de lots bordés par la rivière, d’échanger avec des spécialistes et découvrir des pratiques qu’ils peuvent mettre en application chez eux.

On a remis à chacun des riverains de la documentation qui explique ce qu’il peut faire s’il souhaite contribuer à la conservation de ce milieu. «C’est fait sur une base volontaire. Il y a des propriétaires qui ne sont pas en mesure de pratiquer l’agriculture dans certaines parcelles et d’autres qui ne souhaitent pas y cultiver. Ils veulent connaître leurs options, au lieu de seulement reboiser», fait savoir Kevin Bombardier.

Une occasion de mieux connaître le territoire

Le Valcourtois Michel Benoit s’implique activement dans ce dossier. «L’intérêt de ce projet, c’est qu’il permet une certaine éducation collective vis-à-vis de notre territoire, qu’on ne connaît pas toujours bien.»

Il ajoute :

«Ce que je trouve beau, avec un projet comme celui-là, c’est qu’on embrasse plusieurs dimensions en même temps. Ça nous amène à mettre en place une panoplie d’initiatives pour permettre à des propriétaires de changer certaines pratiques et faire en sorte que le territoire soit restauré ou mieux protégé. On soutient aussi ceux qui voudraient, un jour, céder un terrain pour sa conservation. Tous ces gestes et ces projets vont être bénéfiques pour notre environnement et pour nos communautés. C’est stimulant!»

Michel Benoit
Michel Benoit s’implique activement dans les dossiers environnementaux qui touchent la région.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Il donne l’exemple des élèves de l’école secondaire de l’Odyssée, à Valcourt, qui fréquentent les lieux pour des activités de plein air ou à caractère scientifique.

«Il faut voir cette plaine dans une autre perspective que seulement celle de son propre terrain. Au-delà des limitations cadastrales, tous ces espaces font partie d’un milieu commun, qui a un impact sur l’eau potable, la nappe phréatique et sur le bassin versant. C’est important qu’il y ait une prise de conscience collective. Pour qu’on se rende compte que nous sommes tous dans le même bateau et que nos actions sont interreliées les unes aux autres. En s’additionnant, elles peuvent avoir des impacts positifs.»

Des élèves de l’école secondaire de l’Odyssée lors d’une activité en 2023.  (photo : École secondaire de l’Odyssée)

Des pratiques agroenvironnementales bénéfiques

Véronique Gagnon, agente de développement agroalimentaire à la MRC du Val-Saint-François, expose les bénéfices, pour les exploitations agricoles, de mettre en place des pratiques agroenvironnementales. Elle donne l’exemple des cultures de couverture.

«Quand il y a une culture pérenne dans un champ, ça fait en sorte que les racines vont mieux absorber l’eau et réduire le lessivage. Ça fait aussi en sorte de subir moins de dommages s’il y a des crues au printemps. Des gestes qui aident à ce que la rivière soit moins polluée.»

Les agriculteurs et agricultrices peuvent également se tourner vers les techniques d’agriculture de précision. «Ça permet de mieux cibler l’endroit où on va mettre les engrais ou les pesticides, pour qu’il y en ait moins partout.»

De même, elle parle de l’importance de conserver une bande riveraine en bordure des cours d’eau. Une pratique de plus en plus adoptée.

Différents programmes gouvernementaux, dont le programme Prime-Vert, proposé par le ministère de l’Agriculture, permet de financer certaines de ces pratiques.

Véronique Gagnon - MRC - Mai 2026
Véronique Gagnon, agente de développement agroalimentaire, expose les bénéfices, pour les exploitations agricoles, de mettre en place des pratiques agroenvironnementales.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Une rivière creusée et déviée par l’humain

Quand on voit l’état actuel de la rivière Noire, avec sa végétation, on ne soupçonnerait pas que sa forme est une création humaine. À partir des années 1940, le gouvernement du Québec a voulu donner un coup de main aux agriculteurs de plusieurs localités en recreusant le lit de plusieurs rivières avec de la machinerie. L’objectif : rendre les rivières linéaires pour favoriser l’agriculture.

«Ils se sont dits : on va mettre tout ça droit, propre et beau, pour récupérer de la terre agricole. C’était même béni par l’église, à l’époque. On a des photos de ça», indique Julie Poulin, géomaticienne et conseillère aux cours d’eau à la MRC du Val-Saint-François.

Entre les années 1940 et les années 1980, environ 25 000 kilomètres de cours d’eau ont ainsi été transformés par de la machinerie. Dont la rivière Noire.

vieille carte creusage rivière années 1950 (source : MRC)
Cette vieille carte, en possession de la MRC du Val-Saint-François, montre le tracé de creusage projeté de la rivière Noire. Qui prévoyait enlever les méandres naturels du cours d’eau.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Ironiquement, plusieurs terres agricoles n’ont pu obtenir les rendements espérés, car les producteurs et productrices ont quand même dû affronter d’importantes inondations. «Chassez le naturel et il revient au galop», résume Julie Poulin.

Article de La Terre de chez nous - 28 février 1945 - creusage de la rivière Noire à Valcourt
Article de La Terre de chez nous du mercredi 28 février 1945, indiquant les intentions de creuser des rivières en Estrie.  (source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ)(

De telles pratiques n’existent plus en 2026. Mais ces gestes du passé ont de fâcheuses conséquences qui se font encore sentir.

«La linéarisation est l’une des causes de la dégradation de la rivière. Le tracé n’est plus le même qu’autrefois. Ce qui fait que ça change la dynamique de sa pente. On avait aussi installé des barrages à certains endroits, ce qui intercepte les sédiments et bloque le passage des poissons. La profondeur de la rivière n’est plus la même. Il y encore quelques habitats naturels, comme pour la tortue, mais il y a moins de diversité. La rivière Noire a besoin d’amour!», lance Julie Poulin.

rivière Noire - Canton de Valcourt - mai 2026
La linéarité de la rivière Noire n’est pas naturelle.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

«Il y a moyen de faire de la restauration qui est cohérente»

Louis-Gabriel Pouliot est directeur adjoint de la firme Rivières. Il collabore avec la MRC du Val-Saint-François dans divers dossiers ayant trait aux cours d’eau. Cet hydrogéomorphologue connaît bien cette problématique des rivières qu’on a creusées en ligne droite, pour avoir travaillé ailleurs en Montérégie et en Estrie. Selon son expérience, il est possible de corriger la situation. «On peut par exemple utiliser des déflecteurs de bois qui favorisent l’érosion latérale. Pour faire en sorte que le cours d’eau reprend de lui-même une forme plus naturelle au bout de quelques années. On voit alors apparaître des habitats de poissons et davantage de diversité. Ça s’est fait, ailleurs au Québec, à faible coût et à faible impact.»

Cet expert faisait partie des personnes présentes à la rencontre publique d’information.

«On vient exprimer aux propriétaires qu’il y a du potentiel, parfois méconnu, de restaurer ou d’améliorer leur naturalité. Il y a moyen de faire de la restauration qui est cohérente avec l’usage que les gens font de leur terrain. Ça peut même la bonifier. Tout en rendant le milieu plus agréable pour tout le monde», partage-t-il.

Louis-Gabriel Pouliot et Julie Poulin
Louis-Gabriel Pouliot, directeur adjoint de la firme Rivières et Julie Poulin, géomaticienne et conseillère aux cours d’eau à la MRC du Val-Saint-François.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

«Les eaux de la rivière en ont bien besoin»

Peut-on penser que tous ces efforts pourraient éventuellement mener à un accès public à la rivière? Kevin Bombardier répond que cela dépendra de l’ouverture des propriétaires. Qui sont une dizaine pour la portion de la région de Valcourt (Canton de Valcourt, Valcourt et Lawrenceville), incluant des entreprises comme Domtar et BRP.

Michel Benoit se dit encouragé par cette mobilisation citoyenne appuyée par les organisations et municipalités.

«Nous sommes au début du bassin versant qui mène à la rivière Yamaska. Ce qu’on fait ici améliore ce qui se passe en bout de ligne. Et les eaux de la rivière en ont bien besoin.»

 

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